Le 26 Mars 1992
_____ A toi ami lecteur,
Je t'écris avec calme et bon sens. Ca vient comme ça, comme le vent qui se met a souffler sans raison après une journée irrespirable. Comme si tout se remettait à fonctionner, sans la rouille d'un brin du passé. Comme si la marre s'assechait, ne laissant plus que sa vase nauséabonde évoquer les souffrances d'une trop forte douleur. Un mal de coeur à vomir ses sentiments jusqu'à la bile de la haine, pour finir par ne plus rien vouloir. S'allonger, fermer les yeux et surtout ne pas pleurer. La peine, la hargne. Je t'écris sans savoir si tu me liras. Les choses ne vont pas comme elles viennent. Ecoute moi. Je ne peux plus parler à un mur qui se ferme toutes les fois où je manifeste une opposition. Blindage, porte verrouillées, plus aucune ouverture. Prise au piège dans l'engrenage de ma vie de mère, je tourne en rond à la recherche de solutions me permettant d'agir mais rien ne répond, rien ne vient à ma rencontre. Blocus de l'esprit, des océans d'idées, des déserts de solutions. Je lécrit dans l'espoir que tu me liras. Le cris du coeur de l'amour, c'est éteindre à force de mal, de déceptions, de non vouloir. Ne pas aller dans la même direction, tu sais, c'est terible. Ne pas vouloir les mêmes choses pour la vie, c'est brisant. Ne pas choisir les mêmes sens à la vie ça déchire. Tout s'emiette, tout s'écroule, tout se meurt en une agonie de coeur, qui ne doit pas durer, qui ne peut pas durer. Puis lentement les idées noires nobscursissent plus l'esprit. Puis petit a petit la tête respire l'air du large et le coeur bat a nouveau avec ses cicatrices sans souffrir.
Fini le sang versé au nom d'un amour sans espoir. enfuies les angoisses de ce mal qui ne s'en va pas et torture a longueur de présence. Terminé le travail sur soi si difficile, au départ, si insurmontable.
La liberté, c'est la délivrance de l'autre. Pas facile à réaliser. L'amour est le lien humanitaire le plus fort et le plus solide, voire tenace, collant. Pour s'en défaire il faut apprendre à ne plus y penser. Si tu me lis, je souhaite que tu y apperçoive un signe , un soupçon de lueur , un rayon d'espoir. Aboutir c'est se sentir soulagé, debarrassé du fardeau pégueuse trop lourd a porter, c'est se sentir lavé, propre pour un nouveau départ, suffisamment clair pour pouvoir tout recommencer, ne plus à avoir à revenir en arrière, on y a trop baigné indépendamment de soi. On n'est pas sûr d'être heureux mais on y croit. On veut y croire. On le veut ce grand bonheur parti un soir sans savoir, sans comprendre. Le coeur demande hospitalité, compréhension, douceur, bien être. Ainsi commence la rééducation des sentiments. Un grand travail fragile, incertain. Ne plus retomber dans le panneau devient une devise. Ne plus faire les mêmes erreurs devient l'hymne à la sagesse du coeur. Où sont nos années folles insouciantes. On a beau dire que les coups durs ça ne rajeunit pas forcément la tête quand ils sont encore frais. Ami, que cette lettre te parvienne qu'elle glisse dans ton regard et s'ancre dans ta tête. Que par son intermédiaire tu viennes à moi avec ta force, ta joie. Eclabousse moi de ta vie baigne moi dans ton soleil. Je veux connaître ce que je n'ai jamais vécu. Je veux veiller dans ton sommeil et te donner ce qu'on m'a pris Tu es chargé de moi et libre. Emmene moi vers là bas dans le soir. J'ai besoin de toi et toi aussi. Je m'échange à toi. Restons dans la même dimension, celle du reve. On peut tout y faire, plus de mal, ni de souffrance, rien que l'amour.
Véronique Royer ( Ma maman )